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La gouvernance participative est-elle un effet de mode, une manipulation, ou une véritable méthode de pilotage ?


Qu’est-ce que la gouvernance participative ?

Que se cache derrière ce vocable, est-ce un concept à la mode destiné à séduire des managers en manque d’inspiration ou bien une approche adaptée à un nouveau modèle ? La connexion de plusieurs cerveaux est infiniment plus productive et permet d’explorer des pistes que même les meilleurs dirigeants ne soupçonnent pas. Un beau projet, imaginé par des esprits brillants, ne produira les effets escomptés que s’il est approprié par les personnes à qui il s’adresse. Une dynamique durable implique des méthodes et des outils de mise en œuvre, de suivi, et d’amélioration continue.

Comment ça marche, quels sont les outils et les méthodes ?

De longues années d’expérience me confortent dans l’idée que le fait de proposer un projet est en soi la preuve que la démarche est déjà biaisée. Cela reviendrait à admettre que la finalité est connue et que l’on souhaite simplement y faire adhérer le plus grand nombre. C’est un moindre mal et cela peut donner des résultats. L’idéal étant de présenter une problématique et de demander aux acteurs concernés de participer à l’élaboration et au suivi du projet du début jusqu’à la fin.

Les outils

Ils sont à adapter en fonction des objectifs et des étapes du projet. Il est important de coproduire une charte de participation qui contiendra les objectifs de la démarche, les valeurs et les modalités de fonctionnement et les indicateurs d’évaluation. Cela permet d’être sur la même longueur d’ondes et de vérifier que l’on ne dévie pas trop de la trajectoire initialement prévue. Les ateliers participatifs structurés autour de sujets spécifiques, d’une durée de deux ou trois heures, découpés en séquences d’une heure. Le forum permet d’enrichir la démarche en apportant de nouvelles idées, il offre la possibilité d’échanger avec le plus grand nombre, faire un bilan d’étape, remobiliser les participants. Les plates-formes numériques sont indispensables pour améliorer la circulation des informations et toucher des publics éloignés de la démarche.

La méthode

La méthode consiste à permettre l’expression du plus grand nombre de participants au plus près de la genèse du projet. Au stade de l’émergence des idées, les propositions ne sont ni bonnes ni mauvaises, les plus farfelues peuvent s’avérer innovantes. Ce n’est pas parce-que mon voisin pense différemment que je ne dois pas l’écouter et prendre en considération ses proposition. On s’interdit de couper celui ou celle qui s’exprime, on attend sagement que la personne ait terminé avant de demander à prendre la parole. C’est tellement reposant et productif. Rappelez-vous, nous avons deux oreilles et une seule bouche. Alors, on écoute deux fois plus que l’on ne parle et non le contraire comme c’est trop souvent le cas.

Quels sont les prérequis indispensables ?

Il est impératif que le plus haut niveau de commandement valide la démarche. L’idéal étant que le responsable principal participe à sa mise en oeuvre, à défaut qu’il délègue cette responsabilité à un proche collaborateur. Il faut affecter des moyens à la démarche, car cela ne va pas de soi, maintenir une dynamique demande une animation continue, des instances et des moyens matériels.

L’importance des valeurs

Le niveau de conscience de la population évolue considérablement. Ces dix dernières années, il a fait un bond significatif. Cela implique de reconnaitre la valeur de chaque personne quel que soit la position qu’elle occupe dans l’organisation. Cela demande un haut niveau de sincérité de la part du manager. La confiance ne sera établie et durable que si les acteurs reconnaissent chez le dirigeant des intentions louables. Ecoute, respect, honnêteté, tolérance, et bien d’autres valeurs doivent être identifiées et consignées dans la charte de participation.

Existe-t-il des exemples ?

Rares sont les dirigeants qui disposent du temps et des qualités nécessaires pour conduire ce type de démarche, cependant, il en existe. Mon équipe et moi-même, avons eu la chance d’accompagner des décideurs privés et publics dans la mise en œuvre et le suivi de démarches participatives. Nous avons parfois été confrontés à des élus manipulateurs qui ne voyaient dans cette démarche qu’un moyen de mettre en valeur leur petite personne et servir leurs propres intérêts. Ce ne sont pas nos meilleurs souvenirs, ni nos résultats les plus performants. Dans la grande majorité des cas, nous avons constaté que lorsque le dirigeant (femme ou homme) avait de l’expérience, une confiance en soi et de bonnes intentions, les résultats dépassaient toujours nos espérances.

Quelles en sont les limites ?

Dans les prérequis, j’évoque l’impérieuse nécessité d’une validation émanant du plus haut niveau de commandement. C’est aussi le problème… En effet, nos systèmes de décision reposent sur un mode d’organisation pyramidal quoique l’on en dise. Le Président, le Maire, le Patron et j’en passe, au final, la décision appartient à une personne, un responsable. Pour qu’un système de gouvernance participative atteigne sa pleine mesure, nous devons imaginer des systèmes de décisions collaboratifs. Les deux champs sur lesquels nous avons encore beaucoup à travailler avant de réellement y parvenir sont, notre rapport au pouvoir et à l’argent.

Tahar SLIMANI