Au mois d’octobre 2014, le gouvernement français a doté les acteurs du financement participatif d’un nouveau statut et depuis, le secteur connait un essor important. Un décret publié en octobre 2016 est venu renforcer l’attractivité du financement participatif français.
Le secteur double chaque année et il semblerait que ce ne soit pas une nouvelle bulle. Pour autant, faut-il encourager ce nouveau mode de financement ?
Afin de nourrir la réflexion et de permettre à chacun de se faire sa propre opinion, voici ma contribution en 7 points.

1. Le financement participatif risque de faire du tort aux banques

La crise de 2008 a amplifié une certaine défiance des français vis-à-vis du milieu bancaire. Les banques françaises sont accusées d’être opaques, de pratiquer des frais élevés, de ne pas prendre assez de risques en prêtant aux entreprises malgré les faibles taux d’intérêts et les garanties publiques qui leur sont octroyées.

Le financement participatif ne représentait en 2015 que 300 millions d’euros, ce n’est qu’un minuscule petit point noir sur le radar des organismes bancaires. En effet, face aux deux mille milliards d’euros que représente l’épargne des ménages français (Assurance-Vie, Livrets A et DD), ces 300 millions passeraient presque inaperçus si ce volume ne doublait pas chaque année et que ce phénomène ne se démentait pas. A ce rythme, il atteindrait 6 milliards d’euros à l’horizon 2020.

2. Les intermédiaires risquent de disparaitre

Les plates-formes de financement participatif agissent en tant qu’intermédiaires entre les investisseurs et les entreprises qui souhaitent lever des fonds, c’est le cas en particulier de celles qui oeuvrent dans le domaine de l’Equity. Mais, elles proposent également un ensemble d’informations et des outils qui favorisent l’interaction entre les investisseurs.

Ces échanges produisent de l’intelligence collective (intelligence de la foule) qui peu à peu éduque les particuliers qui finiront bien, tôt ou tard, par se passer des intermédiaires.

Si l’on ajoute à cela l’arrivée prochaine et massive du Block Chain, on peut aisément imaginer une société dans laquelle l’ensemble des transactions qui entourent l’individu se feront directement de personne à personne. Nous nous dirigeons tout droit vers une société du Peer to Peer. Nous assisterons alors à la fin programmée de toutes formes d’intermédiations.

3. Investir dans des entreprises innovantes représente un risque

Ce n’est pas un hasard si l’AMF, l’autorité des marchés financiers qui règlemente cette profession oblige les plates-formes à informer les investisseurs sur le fait qu’investir dans une start-up permet d’obtenir des rendements très élevés mais comporte également des risques de perte partielle ou totale des fonds investis. 

L’AMF contraint les plates-formes à recommander aux investisseurs de ne pas investir au-delà de 10% de leur patrimoine et de diversifier leur portefeuille. Lors de l’inscription sur la plate-forme, l’investisseur est invité à prendre connaissance de l’ensemble des risques auxquels il s’expose lorsqu’il investit dans une Startup. La plupart, sinon l’ensemble de ces plates-formes réalisent des analyses approfondies des projets avant de les publier, néanmoins, le risque demeure.

4. Il est difficile de s’y retrouver

Sous le vocable du financement participatif, se cache des réalités très différentes, il y a le don qui ne fait pas l’objet de régulation pour l’instant. Il y le prêt qui est régulé par l’AMF et nécessite d’obtenir un agrément avant d’exercer l’activité d’Intermédiaire en Financement Participatif (IFP). Jusqu’ici une entreprise pouvait emprunter auprès de particuliers jusqu’à 1 million d’euros. A partir du mois d’octobre 2016 ce plafond est porté à 2,5 M€. Un particulier ne pouvait prêter que 1000 € par projet, il pourra désormais prêter 2000 € par projet.

Pour les plates-formes qui interviennent dans le domaine de l’Equity, le montant que les entreprises pouvaient lever était plafonné à 1 M€ par an, il a été relevé à 2,5 M€. En revanche, l’investisseur lui, n’est pas limité comme c’est le cas dans le prêt. De plus, depuis le mois d’octobre 2016, un nouveau décret permet aux plates-formes agrées (CIP) Conseiller en Investissement Participatif, de proposer aux entreprises d’émettre des minibons. 
Désormais, les particuliers et les sociétés pourront prêter de l’argent aux entreprises en acquérant des minibons (anciennement appelés bons de caisse). Le prêteur n’est plus plafonné à 2000€ par projet et l’entreprise, elle, peut emprunter jusqu’à 2,5 M€ par année civile.

5. Cela redonne du pouvoir aux citoyens

                                                                                             Dans financement participatif, il y a participatif ! 

La dimension participative pourrait tendre à prendre le pas sur la partie financière. Il n’est pas certain que le fait de redonner le pouvoir aux citoyens garantisse la bonne utilisation de leurs fonds. On observe plutôt un phénomène de suivisme et la réaction de la foule pourrait tout aussi être moutonnière. Il n’est que de voir à quel point il est difficile d’atteindre les 20 premiers pourcents demandés par les porteurs de projets et de constater que les 20 derniers pourcents sont bien souvent réalisés dans les deux derniers jours de la campagne. Ne faudrait-il pas plutôt continuer à confier l’argent des épargnants à des professionnels du milieu bancaire, rationnels et rigoureux comme chacun le sait ?

6. Les acteurs du financement participatif sont des idéalistes

Leur crédo consiste à inciter les épargnants à reprendre en main leur argent pour l’orienter vers des modèles économiques de proximité, plus conformes à leurs aspirations sociétales.
Ils soutiennent qu’il est possible de concilier la rentabilité avec le respect des personnes et des ressources tout en créant de l’emploi local qui plus est. Ils prétendent opérer un changement
de paradigme en modifiant considérablement leur rapport à la propriété.
La propriété qui régit une grande partie de nos lois françaises, la propriété qui est un article (art. 17) de la déclaration universelle des droits de l’homme se verrait progressivement supplanter par la notion d’usage. L’économie collaborative qu’ils appellent de leurs voeux et qu’ils tentent de bâtir sous nos yeux, privilégierait l’usage au détriment de la propriété.

7. Ils n’ont pas les moyens de leurs ambitions

Heureusement, ces nouveaux acteurs qui se prétendent disruptifs, n’ont pas les reins assez solides. Face aux banques richement dotées qui brassent des sommes considérables, ces idéalistes ne font pas le poids. Et ce ne sont pas les maigres commissions qu’ils prélèvent sur le montant des campagnes (encore faudrait-il qu’elles soient réussies) qui inquiètent les acteurs bancaires bien installés.
Il leur faudra atteindre des volumes bien plus élevés et il ne restera que quelques acteurs de poids suffisamment dotés pour peser à l’échelle nationale et européenne. Il faudra s’attendre après la prolifération actuelle, à ce qu’il y ait de la casse, puis quelques regroupements auront lieu et peut-être qu’il restera quelques acteurs de taille suffisante qui pourront être rachetés par des banques.
A moins qu’ils réussissent ce qu’ils ont entrepris et que leurs idéaux les préservent des aspects vénaux et mercantiles?
Tahar SLIMANI Consultant et dirigeant de Kaalisi.
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