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Tag - financement participatif

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lundi 24 avril 2017

Valoriser sa Startup avant une première levée de fonds

Je rencontre régulièrement dans mon activité de Consultant, des entrepreneurs innovants qui recherchent des fonds pour développer leur activité. S’il n’est pas toujours simple de définir ses besoins, il est encore plus difficile de valoriser son entreprise. Les paramètres à prendre en compte sont nombreux et les mathématiques et les finances sont loin d’être les plus importants.
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La valeur d’une entreprise ne se résume pas à sa valeur comptable.

Les méthodes de valorisation en vigueur

Si elles conviennent à des entreprises qui ont un historique, un chiffre d’affaires et quelques bilans, elles demeurent inopérantes lorsqu’il s’agit d’analyser une Startup prometteuse, qui n’a pas encore fait ses preuves.

Thésaurus de Bercy

Il s’agit d’un référentiel français de mesure de la valeur extra-financière et financière du capital immatériel des entreprises. Il a été produit à la demande du ministère de l’économie, des finances et de l’industrie. Sa vocation première est d’établir une relation solide entre les actifs du bilan étendu et la génération de cash flows. Ce référentiel, construit sur un socle scientifique très solide, a pour ambition de réconcilier : • la mesure de la valeur de rendement des entreprises que l’on calcule couramment par la méthode des cash flows futurs actualisés, • la mesure de leur valeur patrimoniale globale (valeur historique de tous les actifs matériels, financiers et immatériels), • la valeur comptable. Thésaurus-Bercy propose des outils pour explorer les composants non comptabilisables (Goodwills), parmi eux, notamment et pas des moindres, les clients et les collaborateurs. Il est indéniable qu’une équipe compétente, créative et motivée, ainsi qu’une clientèle pérenne et solvable représentent une valeur importante.

La méthodologie Thésaurus-Bercy présente donc deux façons de mesurer la valeur de l’entreprise, • Valeur de l’entreprise = les cash flows futurs actualisés ou • Valeur de l’entreprise = les cash flows futurs qui pourront être générés demain avec tous les actifs que l’on a aujourd’hui.

Selon l’approche retenue, le travail de l’évaluateur sera très différent. Dans le premier cas, en effet, il effectuera une somme actualisée des profits futurs, que le business plan fait apparaître. Dans le second, il procédera à une analyse de l’état de tous les actifs et en déduira leur capacité à générer des profits.

La méthode DCF (Discounted Cash Flow)

En analyse financière, la valorisation d’une entreprise se définit comme la somme actualisée des cash-flows qu’elle pourra générer dans le futur. La méthode utilisée pour ce calcul porte le nom de DCF (Discounted Cash Flows). Il s’agit d’une méthode plus complexe que celle des multiples de l’EBE mais qui poursuit le même objectif.

Nous savons tous que les prévisions financières d’une Startup ne se réalisent pratiquement jamais. Entre les tableurs et la réalité de terrain, il y a de la marge. A ne pas utiliser comme méthode de valorisation mais plutôt comme une promesse de rentabilité future en cas de succès.

La méthode des comparables

Quand le voisin d’en face a vendu sa maison, je n’ai pas eu besoin de recourir à des méthodes sophistiquées pour savoir combien valait la mienne, m’a dit un ami récemment. Pour une entreprise, c’est un peu la même chose, on se base sur des opérations identiques réalisées. C’est bien le marché qui fixe le montant. Une startup de même taille sur le même secteur vient de lever 2 millions, pourquoi pas moi ? Savoir qu’elle a levé 2 millions ne dit rien sur le pourcentage du capital cédé. Par définition, une Startup a rarement des données chiffrées comparables et bien souvent, elle n’a pas d’équivalent sur le marché.

Alors, comment faire ?

Les variables prises en compte ne sont pas que financières, le nombre d’abonnés, la qualité des clients, les compétences de l’équipe et bien d’autres facteurs entrent en compte.

La méthode patrimoniale

Cette méthode définit la valeur d’une entreprise en fonction de ses actifs (biens immobiliers, machines, technologies, brevets…). Une Startup qui n’a pas de bilans ou pas d’actifs matériels échappe à cette analyse. La prise en compte de l’actif immatériel est alors nécessaire (qualité de l’équipe, accords commerciaux…). Encore une fois, la valeur des actifs n’est pas la valeur du marché. La stratégie, c’est-à-dire la manière dont vous combinerez vos moyens pour atteindre vos objectifs, sera déterminante.

Valorisation d’une startup

Si ces méthodes sont difficilement applicables à votre première levée de fonds, vous pourrez toujours vous baser sur votre besoin en capital et votre limite de dilution. La plupart du temps, c’est cet arbitrage qui a lieu. En principe vous avez réalisé des prévisions ambitieuses, puis vos conseillers les ont dégradées. Vous disposez donc de deux hypothèses, l’une haute et l’autre basse. Vous avez identifié un gros marché et vous décidez d’en prendre quelques miettes. Voilà le genre de stupidités que l’on nous enseigne. Suivez ces principes et vous paraitrez crédibles dans vos présentations… Dans la réalité, je vous conseille d’identifier le nombre de clients que vous êtes capables de convaincre mois après mois et d’évaluer le chiffre d’affaires que cela représente ensuite, dimensionnez vos moyens en fonction.

Abandonnez cette idée fausse qui consiste à croire que l’on peut prévoir le chiffre d’affaires d’une Startup sur des périodes de 3 à 5 ans.

Rédiger un budget prévisionnel est un acte pédagogique qui doit vous permettre d’identifier l’ensemble de vos charges, d’isoler les charges variables, celles qui vous permettront de réguler vos dépenses en fonctions de vos recettes. Vous devez adopter un raisonnement de gestionnaire réaliste, sans altérer vos ambitions. Le choix de vos hypothèses (basses ou hautes), le montant de votre levée de fonds, votre stratégie, ces éléments en disent long sur vos ambitions. Si votre positionnement et votre discours sont très prudents, vous attirerez des investisseurs frileux, en revanche, s’il est ambitieux et bien gradué, si vous disposez d’une vision et que vous êtes créatif, vous attirerez des investisseurs compétents, passionnés qui sauront prendre des risques.

Il est important de ne pas se tromper de séquence, une levée de fonds s’inscrit dans un processus de développement. Il est primordial de bien adapter, les ambitions, les chiffres et les montants en fonction de l’étape dans laquelle se trouve l’entreprise ; lancement, accélération, développement… Vous attirerez des investisseurs à votre image. Réaliser une levée de fonds demande beaucoup de ressources, mieux vaut alors ne pas y avoir recours trop souvent. Toute l’énergie de l’entrepreneur doit être orientée vers son marché. D’où l’importance d’avoir une stratégie à court, moyen et long terme. Une levée de fonds peut servir à combler plusieurs étapes, le chiffre d’affaires et la dette peuvent éviter une dilution rapide et importante. Ces principes sont à mettre en adéquation avec la nature de votre innovation. Si vous êtes positionné sur une innovation d’usage, la vitesse d’accès au marché sera un facteur important.

Nous y voilà ! La question cruciale se pose : où se situe votre seuil de dilution ? Les réponses sont très variables. En pratique, il se situe autour des 20 à 30 %. Le montant moyen des tours de table réalisés auprès des Business Angels en 2016 est de 550 K€. Vous avez évalué votre besoin à un million d’euros et vous êtes prêt à céder 20% ? Vous situez votre valorisation pré-money autour de 4 millions d’euros. Valeur pré-money = 4 M€ + 1 M€ en levée de fonds = 5 M€ en valeur post-money. 5M€ multipliés par 0.2 = 1 M€

Vous disposez de données utiles pour votre négociation, car ce n’est qu’une base et l’investisseur ne manquera pas de pointer toutes les incertitudes qui règnent autour de votre projet et l’importance des risques qu’il s’apprête à prendre. Vous voilà engagé dans un processus de négociation. La négociation c’est comme l’art, il faut un peu de technique et beaucoup de talent.

Clarifiez vos objectifs, souhaitez-vous développer votre entreprise sur le long terme ? Envisagez-vous de la céder ? Etes-vous prêt à avoir un « patron » au-dessus de vous ? Soyez sélectifs dans le choix de vos partenaires, l’idéal étant d’avoir des associés qui apportent des fonds, des conseils, des relations et un potentiel d’affaires.

Votre attitude dans cette phase en dit long sur vos forces et vos faiblesses.

Si vous disposez de temps et de plusieurs interlocuteurs, vous serez plus forts. Si vous êtes pris à la gorge et que vous n’avez qu’un seul interlocuteur vous serez en position de faiblesse. L’investisseur sera d’autant plus enclin à vous faire confiance et à vous suivre si vous êtes un bon commercial, si vous savez vendre vos produits et services, si vous avez une vision et que vous savez la partager, si vous maniez l’art de la négociation avec souplesse et fermeté. Autant de qualités qui sauront convaincre un investisseur. Et si vous jouez collectif en ayant recours à votre équipe selon les qualités de chacun d’eux, vous multiplierez vos chances de réussite. Les compétences, les expériences et les qualités humaines de vos coéquipiers ajouteront de la valeur à votre entreprise.

Si vous n’êtes pas encore opérationnel mais que vous disposez déjà d’accords commerciaux, de lettres d’intérêts, de recommandations, de prix, vous aurez intérêt à les mettre en avant pendant votre négociation. Si vous êtes présent sur le marché et que vous avez séduit quelques clients, c’est une bonne base, surtout si vous êtes présents sur les réseaux sociaux et que vous avez fidélisé un nombre croissant d’abonnés. Il est plus facile d’extrapoler à partir d’une réalité fut elle minime, que d’une présentation théorique. Si un sérial investisseur ou un fonds spécialisé vous ont fait confiance, si vous avez un parrain influent, vous aurez autant de chance de votre côté. Le soutien d’un banque privée ou publique, des acteurs régionaux ou locaux qui vous ont fait confiance, tout cela peut influer sur la décision de investisseurs. Avoir été lauréat d’un prestigieux concours, décroché des récompenses et disposer d’un bon dossier de presse enrichira votre projet.

Il y a encore une chose, inutile d’essayer d’être copain avec vos investisseurs.

En revanche, il y a bien un truc qui peut fortement les intéresser et faire en sorte qu’ils vous adorent : dépassez vos objectifs, pulvérisez vos prévisions !

Il peut s’avérer utile d’avoir recours aux services d’un consultant qui vous aidera à préparer et réaliser votre levée de fonds. Comptez environ 5 K€ pour sa prestation et en général une commission de 5% HT sur le montant levé en cas de réussite.

Des plates-formes de financement participatif proposent aux entreprises de réaliser leurs levées de fonds auprès de leurs communautés d’investisseurs. Certaines facturent des frais d’analyse de dossiers et de communication (variant entre 3 et 5 K€) et appliquent des commissions sur la levée de fonds en cas de réussite, le pourcentage varie entre 7 et 9 %. Les montants moyens levés en Equity se situent autour de 400 K€ (en 2016) et le maximum d’une levée de fonds (en Crowdfunding) est plafonné à 2,5 M€ par an et par projet.

Bonne chance !

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Tahar SLIMANI

Marseille le 24 avril 2017

jeudi 20 octobre 2016

Découvrez les 7 bonnes raisons de ne pas investir dans le financement participatif (Crowdfunding) !

Au mois d’octobre 2014, le gouvernement français a doté les acteurs du financement participatif d’un nouveau statut et depuis, le secteur connait un essor important. Un décret publié en octobre 2016 est venu renforcer l’attractivité du financement participatif français.
Le secteur double chaque année et il semblerait que ce ne soit pas une nouvelle bulle. Pour autant, faut-il encourager ce nouveau mode de financement ?
Afin de nourrir la réflexion et de permettre à chacun de se faire sa propre opinion, voici ma contribution en 7 points.

1. Le financement participatif risque de faire du tort aux banques

La crise de 2008 a amplifié une certaine défiance des français vis-à-vis du milieu bancaire. Les banques françaises sont accusées d’être opaques, de pratiquer des frais élevés, de ne pas prendre assez de risques en prêtant aux entreprises malgré les faibles taux d’intérêts et les garanties publiques qui leur sont octroyées.

Le financement participatif ne représentait en 2015 que 300 millions d’euros, ce n’est qu’un minuscule petit point noir sur le radar des organismes bancaires. En effet, face aux deux mille milliards d’euros que représente l’épargne des ménages français (Assurance-Vie, Livrets A et DD), ces 300 millions passeraient presque inaperçus si ce volume ne doublait pas chaque année et que ce phénomène ne se démentait pas. A ce rythme, il atteindrait 6 milliards d’euros à l’horizon 2020.

2. Les intermédiaires risquent de disparaitre

Les plates-formes de financement participatif agissent en tant qu’intermédiaires entre les investisseurs et les entreprises qui souhaitent lever des fonds, c’est le cas en particulier de celles qui oeuvrent dans le domaine de l’Equity. Mais, elles proposent également un ensemble d’informations et des outils qui favorisent l’interaction entre les investisseurs.

Ces échanges produisent de l’intelligence collective (intelligence de la foule) qui peu à peu éduque les particuliers qui finiront bien, tôt ou tard, par se passer des intermédiaires.

Si l’on ajoute à cela l’arrivée prochaine et massive du Block Chain, on peut aisément imaginer une société dans laquelle l’ensemble des transactions qui entourent l’individu se feront directement de personne à personne. Nous nous dirigeons tout droit vers une société du Peer to Peer. Nous assisterons alors à la fin programmée de toutes formes d’intermédiations.

3. Investir dans des entreprises innovantes représente un risque

Ce n’est pas un hasard si l’AMF, l’autorité des marchés financiers qui règlemente cette profession oblige les plates-formes à informer les investisseurs sur le fait qu’investir dans une start-up permet d’obtenir des rendements très élevés mais comporte également des risques de perte partielle ou totale des fonds investis. 

L’AMF contraint les plates-formes à recommander aux investisseurs de ne pas investir au-delà de 10% de leur patrimoine et de diversifier leur portefeuille. Lors de l’inscription sur la plate-forme, l’investisseur est invité à prendre connaissance de l’ensemble des risques auxquels il s’expose lorsqu’il investit dans une Startup. La plupart, sinon l’ensemble de ces plates-formes réalisent des analyses approfondies des projets avant de les publier, néanmoins, le risque demeure.

4. Il est difficile de s’y retrouver

Sous le vocable du financement participatif, se cache des réalités très différentes, il y a le don qui ne fait pas l’objet de régulation pour l’instant. Il y le prêt qui est régulé par l’AMF et nécessite d’obtenir un agrément avant d’exercer l’activité d’Intermédiaire en Financement Participatif (IFP). Jusqu’ici une entreprise pouvait emprunter auprès de particuliers jusqu’à 1 million d’euros. A partir du mois d’octobre 2016 ce plafond est porté à 2,5 M€. Un particulier ne pouvait prêter que 1000 € par projet, il pourra désormais prêter 2000 € par projet.

Pour les plates-formes qui interviennent dans le domaine de l’Equity, le montant que les entreprises pouvaient lever était plafonné à 1 M€ par an, il a été relevé à 2,5 M€. En revanche, l’investisseur lui, n’est pas limité comme c’est le cas dans le prêt. De plus, depuis le mois d’octobre 2016, un nouveau décret permet aux plates-formes agrées (CIP) Conseiller en Investissement Participatif, de proposer aux entreprises d’émettre des minibons. 
Désormais, les particuliers et les sociétés pourront prêter de l’argent aux entreprises en acquérant des minibons (anciennement appelés bons de caisse). Le prêteur n’est plus plafonné à 2000€ par projet et l’entreprise, elle, peut emprunter jusqu’à 2,5 M€ par année civile.

5. Cela redonne du pouvoir aux citoyens

                                                                                             Dans financement participatif, il y a participatif ! 

La dimension participative pourrait tendre à prendre le pas sur la partie financière. Il n’est pas certain que le fait de redonner le pouvoir aux citoyens garantisse la bonne utilisation de leurs fonds. On observe plutôt un phénomène de suivisme et la réaction de la foule pourrait tout aussi être moutonnière. Il n’est que de voir à quel point il est difficile d’atteindre les 20 premiers pourcents demandés par les porteurs de projets et de constater que les 20 derniers pourcents sont bien souvent réalisés dans les deux derniers jours de la campagne. Ne faudrait-il pas plutôt continuer à confier l’argent des épargnants à des professionnels du milieu bancaire, rationnels et rigoureux comme chacun le sait ?

6. Les acteurs du financement participatif sont des idéalistes

Leur crédo consiste à inciter les épargnants à reprendre en main leur argent pour l’orienter vers des modèles économiques de proximité, plus conformes à leurs aspirations sociétales.
Ils soutiennent qu’il est possible de concilier la rentabilité avec le respect des personnes et des ressources tout en créant de l’emploi local qui plus est. Ils prétendent opérer un changement
de paradigme en modifiant considérablement leur rapport à la propriété.
La propriété qui régit une grande partie de nos lois françaises, la propriété qui est un article (art. 17) de la déclaration universelle des droits de l’homme se verrait progressivement supplanter par la notion d’usage. L’économie collaborative qu’ils appellent de leurs voeux et qu’ils tentent de bâtir sous nos yeux, privilégierait l’usage au détriment de la propriété.

7. Ils n’ont pas les moyens de leurs ambitions

Heureusement, ces nouveaux acteurs qui se prétendent disruptifs, n’ont pas les reins assez solides. Face aux banques richement dotées qui brassent des sommes considérables, ces idéalistes ne font pas le poids. Et ce ne sont pas les maigres commissions qu’ils prélèvent sur le montant des campagnes (encore faudrait-il qu’elles soient réussies) qui inquiètent les acteurs bancaires bien installés.
Il leur faudra atteindre des volumes bien plus élevés et il ne restera que quelques acteurs de poids suffisamment dotés pour peser à l’échelle nationale et européenne. Il faudra s’attendre après la prolifération actuelle, à ce qu’il y ait de la casse, puis quelques regroupements auront lieu et peut-être qu’il restera quelques acteurs de taille suffisante qui pourront être rachetés par des banques.
A moins qu’ils réussissent ce qu’ils ont entrepris et que leurs idéaux les préservent des aspects vénaux et mercantiles?
Tahar SLIMANI Consultant et dirigeant de Kaalisi.
Contact : 
tslimani@kaalisi.fr